Regards · Matières

Maroc — Fleur d’oranger & Mimosa

À la rencontre de deux matières florales, de leur terroir et de ceux qui les travaillent.

Aller à la rencontre d’une matière, c’est comprendre un territoire, une plante, une saison, des gestes et des femmes et des hommes qui la travaillent.
Au Maroc, nous sommes allés sentir et observer deux fleurs aux expressions très différentes : la fleur d’oranger et le mimosa.

Fleur d’oranger et son arbre aux multiples facettes


Le néroli, obtenu par distillation de la fleur du bigaradier, est lumineux, vert, presque fusant. Il possède cette petite amertume qui lui évite de devenir trop sage.
Amélie : « Dans le néroli, j’aime cette lumière presque verte. Il sent la fleur, bien sûr, mais aussi l’air qui circule autour d’elle. »

Avec l’absolue de fleur d’oranger, la facette olfactive change complètement. La fleur devient plus dense, plus chaude, plus sensuelle. On découvre des nuances miellées et animales, très éloignées de l’image simplement fraîche et propre que l’on associe parfois à la fleur d’oranger.

Anne-Sophie : « L’absolue de fleur d’oranger a quelque chose de beaucoup plus charnel. Elle peut être douce, mais elle n’est jamais innocente. »

Puis on quitte la fleur pour froisser ses feuilles. Le petitgrain bigarade, distillé à partir des feuilles et des jeunes rameaux, apporte une facette verte, aromatique, légèrement boisée. Pour le parfumeur, il est souvent ce lien magnifique entre les agrumes de la tête et le cœur floral.


Le fruit raconte encore une autre histoire. La bigarade est plus sèche et plus amère ; l’orange douce est plus ronde, plus juteuse, presque solaire. Deux manières très différentes d’introduire l’orange dans une composition.

Louis : « Ce qui me fascine dans le bigaradier, c’est qu’on peut presque construire un parfum en restant autour du même arbre : le zeste, la feuille, la fleur, l’amertume, la fraîcheur puis la sensualité. »

C’est peut-être là que la parfumerie devient la plus intéressante : lorsque l’on cesse de regarder une matière comme une simple odeur. Une fleur d’oranger n’est pas seulement blanche et florale. Elle peut devenir verte avec le petitgrain, lumineuse avec le néroli, profonde avec l’absolue, vive et amère avec la bigarade.
Un arbre, plusieurs extractions, plusieurs impressions. Et pour le parfumeur, autant de chemins possibles.

Sur le terrain

À quelques kilomètres de Rabat, Biolandes nous a emmenés découvrir la culture de la fleur d’oranger.

La matière

Chaque pétale est délicatement prélevé puis trié, le tout à la main. Ce travail demande patience et précision.

Notre regard

Nous avons adoré aller à la rencontre de cette fleur mythique de la parfumerie auprès des cueilleurs de pétales.

Le Mimosa, une autre douceur florale

Le mimosa est une matière à part. Avant même de parler de son odeur, il y a sa couleur, sa texture, cette profusion de petites fleurs jaunes qui donne presque l’impression d’un nuage ses généreux boutons dorés.


En parfumerie, le mimosa n’est pas seulement floral. Il est poudré, doux, légèrement vert, parfois presque miellé, avec une facette très particulière qui peut évoquer à la fois le pollen, la peau et une certaine douceur amandée


Amélie « je le trouve très lumineux, mais jamais éclatant. C’est une lumière douce, presque mate, comme si la couleur jaune avait une odeur. »

C’est une matière que l’on peut rendre très tendre, presque cotonneuse, mais qui possède aussi une vraie complexité. Derrière la douceur, il y a des facettes brutes et végétale, un ton sec, qui évite au mimosa de devenir simplement sucré ou poudré.


Anne-Sophie : « Ce que j’aime dans le mimosa, c’est ce contraste entre le pollen très doux et cette petite tension verte. Sans elle, il deviendrait vite trop sage. »

Le mimosa travaille particulièrement bien avec les matières irisées, les violettes, les muscs, les bois doux ou encore certaines notes amandées. Il peut donner un parfum extrêmement délicat, mais aussi beaucoup de présence lorsqu’on renforce son côté pollen et sa texture presque veloutée.


Il y a aussi quelque chose de très méditerranéen dans cette matière. Le mimosa évoque immédiatement la lumière de la fin de l’hiver, le Maroc et aussi le sud de la France, les branches chargées de fleurs alors que la saison est encore froide. Cette opposition entre l’air frais et la chaleur visuelle de la fleur fait partie de son charme.

Louis : « Le mimosa est intéressant car il est plus que floral. On travaille autant une sensation qu’une odeur : le pollen, le velours, la lumière, presque le toucher de la fleur. »

On peut rendre le mimosa très poudré, presque cosmétique. Plus vert et naturel. Plus miellé. Plus musqué. Ou au contraire jouer sur cette sensation très particulière de pollen flottant dans l’air.


Le mimosa ne cherche pas vraiment à prendre toute la place. Il installe une lumière, une texture et une émotion.

Sur le terrain

Au Maroc, pendant la floraison du mimosa de Janvier à Mars. nous sommes fascinés par sa couleur.

La matière

C’est une matière que l’on a envie de toucher, froisser, frotter, sa texture est une expérience différente..

Notre regard

Nous avons aimé la simplicité de cette fleur, son style unique rustique et multifacette

MERCI BIOLANDES
Du champ à l’extrait, Biolandes est expert du naturel depuis 1980